Soigner l’Oise : des solutions concrètes pour l’accès aux soins en zones rurales

21 septembre 2025

Une situation préoccupante : la désertification médicale dans l’Oise

En 2024, l’Oise n’échappe pas à la tendance nationale : la pénurie de médecins frappe de plein fouet les territoires ruraux. Selon l’Agence Régionale de Santé (ARS) Hauts-de-France, on estime à 28% la part de la population oisienne vivant dans une commune classée comme zone sous-dense en médecins généralistes. Cette part grimpe même jusqu’à 43% dans le sud-est du département, autour de Noyon et de la vallée de l’Automne (source : ARS Hauts-de-France, Rapport 2023).

  • En 2023, l’Oise comptait moins de 106 médecins généralistes pour 100 000 habitants, bien en dessous de la moyenne nationale (135 pour 100 000 ; source : DREES).
  • Le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste dépasse 12 jours dans certaines communes rurales, contre 5 à 6 jours dans les grandes villes du département (source : Observatoire régional de la santé).
  • La population vieillit : les plus de 65 ans représentent désormais près de 19% des Oisiens (Insee, 2022).

Cette pénurie ne se limite pas aux médecins généralistes. On observe également une raréfaction des spécialistes en milieu rural (ophtalmologistes, pédiatres, psychiatres), ainsi que des professionnels paramédicaux comme les dentistes ou kinésithérapeutes. Pour beaucoup de familles, cet éloignement engendre de véritables parcours du combattant : déplacements longs et coûteux, renoncements aux soins, retard dans la prise en charge…

Quelles solutions sur le terrain ? Focus sur les actions menées dans l’Oise

Les maisons et centres de santé pluriprofessionnels : une réponse solide

Face au départ de nombreux praticiens, l’installation de maisons de santé fleurit depuis une dizaine d’années dans les villages et petites villes de l’Oise. On en comptait 28 en 2023 dans le département (ARS Hauts-de-France), contre seulement 7 en 2013. Leur particularité ? Réunir sous un même toit plusieurs professionnels (médecins, infirmiers, kinés, orthophonistes…) qui partagent leurs pratiques, leurs plannings, et un projet de santé commun.

  • Aulnoyes, près de Clermont : les habitants racontent leur soulagement après l’ouverture d’une maison de santé en 2022. Fini, les 25 km à parcourir pour voir un généraliste !
  • Sainte-Geneviève : la maison de santé a permis l’embauche d’une sage-femme, irrésistiblement attirée par la dynamique d’équipe et le confort de travail.

Ces structures rassurent les jeunes praticiens, qui redoutent l’isolement. Elles favorisent aussi la coordination des soins, indispensable pour les patients polypathologiques. Cerise sur le gâteau : certaines maisons misent sur l’innovation avec la télémédecine ou des ateliers prévention (nutrition, activité physique).

Malgré leur succès, ces projets se heurtent parfois à des difficultés de recrutement ou de financement. Mais la dynamique reste encourageante : 5 nouvelles structures pourraient voir le jour d’ici fin 2025, selon l’ARS.

Le boom de la télémédecine dans l’Oise

Aujourd’hui, un patient sur cinq dans les zones rurales de l’Oise a déjà eu recours à la téléconsultation selon la CPAM Oise (2023). Ce mode d’accès, dopé par la crise sanitaire, bouleverse les habitudes :

  • La maison de santé de Guiscard a mis en place en 2022 une télécabine connectée : prise de tension, saturation en oxygène, télé-examen avec un médecin… Elle accueille chaque semaine une quinzaine de patients.
  • Les pharmacies de villages comme Mareuil-sur-Ourcq proposent des créneaux de téléconsultation, accompagnant les patients âgés dans le maniement des outils numériques.

Cet accès digital ne remplace pas tout, mais il fluidifie l’accès à l’avis médical, notamment pour des renouvellements d’ordonnance ou des suivis chroniques. Il bénéficie particulièrement aux seniors isolés ou aux parents débordés qui redoutent de rater une journée de travail pour un simple avis médical.

Reste l’enjeu de la fracture numérique : environ 18% des foyers de l’Oise sont mal équipés (Insee, 2023), d’où l’importance de former et d’accompagner les publics fragiles.

Mobilité et “bus santé” : aller vers les habitants

Pour “soigner la campagne”, plusieurs initiatives rendent le soin mobile :

  • Le Bus Santé Précarité de la Croix-Rouge Française sillonne régulièrement les routes de l’est de l’Oise. Son équipe propose consultations de prévention, dépistages et orientation vers des structures adaptées. Environ 1 500 habitants y ont eu accès en 2023.
  • L’association Coeur de l’Oise Lab’O propose des consultations itinérantes de sage-femme et de psychologue sur 14 communes classées “déserts médicaux”.

Ces dispositifs “d’aller-vers” jouent un rôle vital. Ils incitent à consulter des populations qui renonçaient parfois totalement aux soins. Les témoignages récoltés lors de la tournée du Bus Santé à Noyon sont poignants : “J’aurais attendu trop longtemps… Grâce à ce bus, j’ai enfin été prise en charge pour ma tension.”

Favoriser l’installation durable des professionnels de santé : leviers et freins

Pour que les solutions locales perdurent, il faut attirer – et garder – les professionnels. Plusieurs leviers sont activés localement :

  1. Incitations financières :
    • Plusieurs communes de l’Oise proposent des aides à l’installation (prêt à taux zéro, loyers réduits, prise en charge partielle des frais de déménagement).
    • L’ARS et l’Assurance Maladie proposent des primes de jusqu’à 50 000 € pour un médecin s’installant dans une zone fragile (cf. CPAM Oise).
  2. Accueil du conjoint et de la famille :
    • Beaucoup de mairies accompagnent la recherche d’emploi du conjoint et la scolarisation des enfants pour lever les freins à l’installation.
  3. Vie associative, intégration locale
    • Mises en réseau entre professionnels, café-rencontres entre nouveaux arrivants et élus… Autant d’actions qui évitent l’isolement.
  4. Développement de l’exercice coordonné :
    • L’exercice en groupe, plébiscité par les jeunes médecins, favorise la qualité de vie au travail, l’entraide et le partage de patientèle.

Reste la question du nombre : le numérus clausus des études de médecine, même s’il a été assoupli, ne permet pas encore d’alimenter le vivier local rapidement. Les élus locaux, à l’image de la Communauté de Communes du Plateau Picard, multiplient donc les partenariats avec la faculté d’Amiens pour accueillir des internes sur le territoire, en espérant susciter des vocations.

Les aides et ressources à disposition des habitants

Face à la complexité de l’accès aux soins, des dispositifs d’accompagnement et d’orientation existent dans l’Oise :

  • Le numéro santé départemental (03 44 10 72 72) : pour trouver un professionnel, signaler une urgence sociale ou bénéficier d’un accompagnement médico-social.
  • Les Points d’Accueil et d’Ecoute Jeunes : présents à Beauvais, Creil, Senlis… pour orienter les jeunes de 11 à 25 ans.
  • Plateforme de prise de rendez-vous en ligne : les plateformes comme Doctolib et Maiia recensent de plus en plus de praticiens locaux. Attention : certains créneaux sont réservés en priorité aux nouveaux arrivants en zone sous-dense.
  • Mairies et CCAS : beaucoup proposent des permanences d’accès aux soins, des accompagnements de transport ou même des aides personnalisées pour les personnes isolées.

N’hésitez pas à solliciter le Conseil départemental ou votre mairie en cas de difficulté : des solutions de transport solidaire, de visites à domicile ou de médiation existent sur une grande partie du territoire (liste complète sur oise.fr rubrique “santé” et “mobilité”).

Innovations, nouvelles pistes et témoignages du terrain

La santé en zone rurale se réinvente aussi dans l’Oise grâce à l’initiative citoyenne, à la créativité des collectivités et à la montée en puissance des outils numériques.

  • Dispositifs “médecins volants” : à l’instar du dispositif Santé-Mobile développé entre 2021 et 2023 par l’URPS médecins Hauts-de-France : une équipe de médecins remplaçants sillonne les villages à tour de rôle pour assurer des consultations de proximité (Nord Littoral).
  • Ambassadeurs santé dans les écoles : des élèves formés comme relais prévention (nutrition, addictions), rencontrent les professionnels lors de forums santé. Une initiative qui grandit depuis 2022 dans plusieurs collèges de l’Oise à l’initiative de la Ligue contre le cancer.
  • Solidarités locales : covoiturage pour se rendre à un rendez-vous médical, groupes de parole entre aidants… Le tissu associatif pallie en partie la distance qui sépare certains villages des centres spécialisés. À Hermes par exemple, “Les Voisins Solidaires” accompagne plus d’une centaine d’aînés chaque année.

“L’avenir de la santé rurale, c’est l’entraide et l’innovation”, confiait récemment une infirmière coordinatrice de la maison de santé de Songeons lors d’une table ronde. Il ne s’agit pas seulement de multiplier les professionnels mais de réinventer la façon de soigner, pour connecter l’humain et le territoire.

L’Oise face au défi : entre résilience et créativité

L’accès aux soins dans l’Oise rurale est un défi, mais la mobilisation locale grandit chaque année. Entre solutions “de terrain” – maisons de santé, dispositifs mobiles, plateformes de coordination – et innovations numériques ou associatives, le département cultive son originalité, porté par une énergie positive.

Les chiffres et témoignages le révèlent : l’enjeu n’est pas seulement sanitaire, il est aussi social et humain. Accéder facilement à un médecin, un pharmacien, un psychologue ou à une sage-femme ne relève pas du “luxe” mais d’un droit. Les Oisiens en sont conscients, et chaque contribution compte pour réinventer une santé de proximité, à visage humain.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter les ressources en ligne du Conseil départemental, de l’ARS et du Réseau Santé Oise (reseau-sante-oise.fr) pour suivre les dernières initiatives ou vous engager localement.

Parce que le cœur de l’Oise bat plus fort quand chacun y trouve sa place… et sa santé !

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