Comment les hôpitaux de l’Oise tiennent-ils le cap ?
1. L’intérim médical, une béquille incontournable mais coûteuse
Pour éviter la fermeture de services, les directions hospitalières recourent massivement à l’intérim médical. Un médecin remplaçant est parfois rémunéré jusqu’à 1 500 euros la garde de 24 heures (France Bleu Oise), soit beaucoup plus qu’un titulaire. Cela pèse lourd : à Beauvais, la facture de l’intérim a dépassé 2 millions d’euros en 2022. Mais c’est souvent la seule solution pour organiser les gardes en urgence, en pédiatrie, en anesthésie, sans sacrifier la sécurité des soins.
2. Mutualisation des équipes et coopération inter-établissements
Face au manque de bras, plusieurs hôpitaux de l’Oise ont pris le parti de mutualiser leurs forces. Cela se traduit par :
- La constitution d’équipes communes d’urgentistes ou de gynécologues entre Creil et Senlis, ou Noyon et Compiègne ;
- L’organisation de “pôles territoriaux de santé”, dans lesquels médecins hospitaliers et médecins de ville collaborent étroitement.
- Des astreintes partagées pour certaines spécialités : ainsi, la nuit, un même anesthésiste peut couvrir deux petites maternités distantes de quelques kilomètres.
Cette coopération permet d’optimiser les ressources, de mieux gérer l’absentéisme ou les démissions, et d’assurer une plus large amplitude horaire de soins.
3. Téléconsultation et nouveaux métiers : l’innovation au service du patient
L’Oise, comme d’autres territoires, mise aussi sur la télémédecine. Plusieurs projets, soutenus par l’ARS, facilitent le recours à la téléconsultation, notamment pour le suivi post-hospitalisation ou les avis spécialisés à distance :
- Postes de “médiateurs en santé” qui accompagnent les malades lors des téléconsultations en EHPAD ;
- Création d’équipes mobiles (gériatrie, psychiatrie) pouvant se déplacer sur plusieurs sites ;
- Embauche d’infirmiers de pratiques avancées, qui prennent le relais sur certaines tâches médicales (renouvellement de prescriptions, suivi de patients chroniques, etc.).
À titre d’exemple, le service de télémédecine Cardio Oise a permis d’éviter plus de 200 passages aux urgences pour des patients souffrant d’insuffisance cardiaque à domicile, selon le rapport ARS 2023.
4. Partenariats avec les internes et les jeunes médecins
Les hôpitaux de l’Oise, historiquement moins attractifs que Paris ou Lille, ont décidé d’aller chercher les futurs médecins à la source :
- Développement de conventions avec la faculté de médecine d’Amiens et l’Université de Picardie pour accueillir plus d’internes et d’externes ;
- Organisation de “jobs dating” et de séminaires découverte dans les villages et villes de l’Oise pour sensibiliser aux atouts (coût de la vie, qualité de vie, proximité de la nature) d’une vie hospitalière hors métropole ;
- Mise en place de primes à l’installation et de logements temporaires pour aider les jeunes médecins à franchir le pas.
Sur l’année 2023, cette politique commence à porter ses fruits : le CH de Beauvais a ainsi doublé le nombre de ses stagiaires accueillis, dont 21% ont prolongé leur expérience sur place (source : ARS Hauts-de-France).