L’économie circulaire dans l’Oise : vers une révolution locale du quotidien

19 juillet 2025

Comprendre l’économie circulaire : un choix vital pour l'Oise

Avant d’aller plus loin, précisons ce que recouvre l’économie circulaire. Il ne s’agit pas seulement de recycler, mais bien de repenser toute la chaîne de production, de consommation et de gestion des déchets. Cette approche vise principalement à limiter le gaspillage des ressources, à réduire les déchets à la source et à encourager le réemploi. D’après l’ADEME, l’économie circulaire s’appuie sur sept piliers dont l’écoconception, l’économie de la fonctionnalité, la réparation, le recyclage et le réemploi.

Sur le territoire de l’Oise, marqué par une tradition industrielle et agricole, mais aussi par la proximité de l’Île-de-France, l’économie circulaire apparaît comme une réponse aux enjeux locaux : préservation des terres agricoles, limitation de l’artificialisation, création d’emplois non délocalisables.

L’Oise : un terreau fertile pour l’expérimentation

Depuis plusieurs années, l’économie circulaire s’inscrit sur l’agenda politique local avec des ambitions claires.

  • Le Plan Climat-Air-Énergie territorial (PCAET) porté par le Département, qui intègre la prévention des déchets et le développement de la filière réemploi.
  • Le Contrat d’Objectifs Territorial Économie Circulaire (COTEC) de la Région Hauts-de-France, qui inclut l’Oise.
  • Des objectifs alignés avec la Stratégie nationale française pour l’économie circulaire.

Dans l’Oise, ce sont surtout les collectivités – en tête desquelles l’Agglomération Creil Sud Oise, la Communauté de communes du Pays de Valois ou encore la Communauté d’Agglomération de la Région de Compiègne et de la Basse Automne (ARC) – qui donnent le ton en favorisant contrats, animations, ressourceries et appels à projets.

Panorama d’initiatives exemplaires dans l’Oise

Le grand essor des ressourceries et recycleries

Les ressourceries figurent parmi les initiatives les plus lisibles et appréciées du grand public, mais aussi des élus locaux. À Nogent-sur-Oise, la Ressourcerie 2R développée par l’association locale Travail et Vie Sociale, a collecté en 2023 plus de 1 000 tonnes d’objets (ameublement, électroménager, textile) grâce à la mobilisation de plus de 25 collaborateurs en insertion (Travail et Vie Sociale). D’autres structures du même type essaiment à Beauvais, Clermont ou Pont-Sainte-Maxence, proposant collecte, remise en état, vente à prix solidaire, ateliers de sensibilisation et création d’emplois, notamment pour les personnes éloignées de l’emploi.

  • Collecte et valorisation d’objets usagés
  • Insertion professionnelle via des chantiers encadrés
  • Diminution drastique de l’enfouissement ou de l’incinération

Le BTP se met au vert : recyclage et réemploi des matériaux

Le secteur du bâtiment génère traditionnellement d’énormes volumes de déchets. L’Oise, grâce à la proximité d’axes autoroutiers (A1, A16, A15) et au tissu d’acteurs du BTP, expérimente des plateformes locales de réemploi.

À l’automne 2022, une plateforme pilote de tri, préparation et redistribution de matériaux issus des chantiers a ouvert à Compiègne avec l’appui de l’Association régionale pour la gestion et l’innovation environnementale (ARIGINE) et l’ADEME.

  • Objectif : atteindre un taux de valorisation des déchets BTP de 80 % d’ici 2025 (source : ADEME).
  • Filière pionnière du béton concassé et de matériaux reconditionnés pour la voirie et l’habitat social.

L’agriculture et l’alimentation : vers le zéro déchet et le circuit court

Les agriculteurs oisiens intègrent l’économie circulaire via la méthanisation (valorisation des déchets agricoles en énergie) et les coopératives alimentaires.

Coup de projecteur sur la coopérative La Charrue d’Or à Estrées-Saint-Denis :

  • Transformation sur place de produits invendus en conserves et soupes revendues en local.
  • Plateforme numérique pour redistribuer les excédents à des associations du territoire.

Des exemples comme celui-ci, bien présents dans le Sud de l’Oise, montrent comment la lutte contre le gaspillage alimentaire devient un vecteur puissant de lien social et de réduction des émissions de CO.

Un engagement des collectivités : incitations, appels à projet, grands programmes

Côté institutions, l’impulsion donnée se traduit par de nombreux dispositifs d’aides :

  • Aides à l’investissement pour moderniser les déchèteries et soutenir les entreprises de l’économie circulaire (via le Fonds Economie Circulaire de l’ADEME, mobilisé dès 2021 sur plusieurs projets oisiens).
  • Appels à projets départementaux sur la réduction des déchets et le réemploi (Montataire, Creil, Méru…)
  • Programmes pédagogiques dans les écoles, portant sur la réparation, le compostage et l’écocitoyenneté (notamment via le SICTOM du Pays du Clermontois).
  • Développement des zones d’activité décarbonées (ex : zone Innovia à Beauvais, où la mutualisation d’équipements et de services limite la production de déchets).

Freins et défis spécifiques sur le territoire oisien

L’Oise, à l’instar d’autres départements, se confronte à quelques réalités du terrain :

  • Diversité des profils urbains et ruraux : répondre en même temps aux besoins des métropoles (Creil, Beauvais, Compiègne) et à ceux du rural profond reste un défi.
  • Difficultés de logistique pour le réemploi : la collecte d’objets ou de matériaux lourds est parfois freinée par le manque de grandes plateformes ou la dispersion géographique.
  • Manque de visibilité de certaines structures : nombre d’initiatives locales peinent encore à être identifiées du grand public et à mutualiser leurs moyens avec d’autres filières (textile, bois, compostage…)
  • Besoins de formation et d’accompagnement des agents municipaux et des entrepreneurs afin de généraliser les bonnes pratiques.

Oise et économie circulaire : des chiffres qui parlent

  • En 2022, on estime que près de 13 000 tonnes de produits ont été réemployés ou valorisés dans les structures locales agréées dans l’Oise (source : Conseil départemental / Observatoire Régional des Déchets).
  • Le secteur génère environ 150 emplois directs chaque année dans le département – un chiffre en constante progression.
  • Plus de 50 ateliers de réparation (vélos, électroménager, informatique, textile) ouverts au public, en partenariat avec les associations locales depuis 2019.
  • La part de déchets ménagers recyclés dans l’Oise atteint 38 %, en légère hausse sur les cinq dernières années (par rapport à une moyenne nationale de 45 %, source : Conservatoire National des Déchets).

L’impact positif pour le territoire

  • Création d’un cercle vertueux local : les revenus générés sont réinvestis localement, ce qui dynamise les filières et les compétences du cru.
  • Réduction de l’empreinte écologique : moins de transport de déchets, limitation de l’incinération, réduction de la consommation de matériaux vierges.
  • Favorise l’innovation sociale : émergence de coopératives, chantiers d’insertion, implication de la jeunesse et montée de l’engagement citoyen.
  • Attractivité économique accrue : des zones industrielles et artisanales circulaires qui séduisent de plus en plus d’investisseurs et d’entreprises recherchant un ancrage responsable.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Les marges de progression demeurent vastes. Parmi les pistes privilégiées par les acteurs locaux pour accélérer la cadence :

  • Développer des filières textiles et électroniques, encore en retrait par rapport au reconditionnement du mobilier ou des matériaux du BTP.
  • Mettre en place un maillage de hubs logistiques pour optimiser la collecte et la redistribution sur l’ensemble du territoire, y compris le rural.
  • Renforcer les synergies public-privé, à l’image du partenariat entre la Communauté d’Agglomération du Beauvaisis et les industriels engagés pour réduire les déchets d’emballages.
  • Soutenir la formation à destination des entrepreneurs et collectivités pour diffuser une véritable culture circulaire dans l’Oise.
  • Lancer des campagnes de sensibilisation grand public à grande échelle, afin de créer une dynamique collective et durable.

Les projets fleurissent, et la demande citoyenne ne cesse de croître : ateliers de réparation, logements écoresponsables, achats locaux et solidaires. À la croisée de la transition écologique et de la redynamisation économique, l’économie circulaire dans l’Oise s’annonce comme une aventure collective, inventive et profondément humaine. Reste à chacune et chacun de s’emparer de cette dynamique, pour imaginer ensemble une vie locale toujours plus inspirante… et moins jetable.

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