Des habitants mobilisés contre le gaspillage alimentaire dans l’Oise : portraits, initiatives et inspirations

16 juillet 2025

L’étendue du gaspillage alimentaire : de quoi parle-t-on dans l’Oise ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques repères. Selon l’ADEME, chaque Français jette en moyenne 30 kg de nourriture par an, dont 7 kg encore emballés. Si l’on cumule les pertes sur la chaîne alimentaire, le chiffre grimpe : en France, plus de 10 millions de tonnes de nourriture partent à la poubelle chaque année (source : ADEME 2023).

Dans l’Oise, territoire mêlant villes et campagne, ce chiffre se décline autrement. Plusieurs collectivités, à l’instar de la Communauté d’Agglomération du Beauvaisis ou de la Communauté de Communes de l’Oise Picarde, observent depuis 2018 une baisse progressive des ordures ménagères ainsi qu’un intérêt grandissant pour le tri en amont et le don alimentaire selon les bilans annuels communiqués. Restaurants collectifs, supermarchés, cantines scolaires et même maisons de retraite sont invités à mieux gérer leurs stocks et redistribuer leurs invendus.

Les associations, piliers de la lutte locale

Les Restos du Cœur, la Croix-Rouge, et la Banque Alimentaire

  • La Banque Alimentaire de l’Oise collecte près de 2 500 tonnes de denrées par an, dont une part grandissante d’invendus de GMS (grandes et moyennes surfaces) locales (source : rapport 2022 BAO).
  • Les Restos du Cœur de l’Oise distribuent des repas tout en organisant des collectes concrètes dans les supermarchés (exemple : collecte de mars 2024, près de 80 tonnes collectées en un week-end d’après Oise Hebdo).
  • La Croix-Rouge, présente dans plusieurs communes de l’Oise (Senlis, Creil, Compiègne…), met en relation donateurs et familles modestes pour éviter le gaspillage et soutenir l’aide d’urgence alimentaire.

Mais il n’y a pas que ces grands noms. D’autres structures comme Solikend (Beauvais) ou la plateforme Phénix, présente dans l’Oise depuis 2021, œuvrent pour offrir une deuxième vie aux invendus et simplifier le don via des applications mobiles grand public.

Le bénévolat, moteur essentiel

Au fil des réunions et collectes, les bénévoles locaux témoignent d’un engagement sans faille. Exemple : à Beauvais, Léa, retraitée dynamique, anime chaque semaine une collecte dans le quartier Saint-Jean. « Voir le sourire des familles qui récupèrent fruits ou yaourts encore bons, c’est ma récompense », partage-t-elle dans Le Parisien Oise (janvier 2024).

Commerces et producteurs s’organisent face au gaspillage

Supermarchés, boulangeries, restaurants : tous concernés

  • Carrefour Beauvais : teste depuis 2023 un partenariat avec Phénix pour revendre à bas prix ses paniers anti-gaspi. Résultat : plus de 300 paniers écoulés chaque mois (source : Phénix, 2023).
  • De plus en plus de boulangeries artisanales (Labbe à Chantilly, Martin à Compiègne) proposent chaque fin de journée un « sac surprise » contenant pains et viennoiseries de la veille à prix cassé.
  • La plateforme Too Good To Go a séduit une cinquantaine de commerces de l’Oise, de Nogent-sur-Oise à Clermont, permettant d’éviter plusieurs tonnes de pertes alimentaires mensuelles (source : Too Good To Go France, 2024).

Les agriculteurs locaux innovent : le glanage moderne

Le glanage, ce n’est pas qu’une tradition du passé ! Portés par la loi Garot (2016), des agriculteurs de l’Oise ouvrent leurs champs lors des récoltes. Prenons la ferme du Clocher à Oroër, qui accueille régulièrement bénévoles et associations pour ramasser les fruits et légumes non commercialisables, redistribués ensuite à des familles.

Ces démarches, déjà courantes à l’Est du département (Sacy-le-Grand, Breuil-le-Sec…), rassemblent jusqu’à 200 personnes lors des saisons de récolte. L’exemple des « glanages solidaires » orchestrés par la Confédération Paysanne de l’Oise permet de sauver, chaque automne, plusieurs tonnes de pommes de terre, citrouilles, courgettes…

Consommateurs engagés : la montée en puissance des initiatives citoyennes

Les collectifs citoyens anti-gaspi

  • Zéro Gâchis Oise : groupe Facebook animé par des habitants autour de Compiègne/Clermont, réunit 870 membres partageant astuces, offres anti-gaspi, alertes paniers Too Good To Go.
  • Les Frigos Solidaires : à Senlis et Beauvais, des armoires réfrigérées en libre-service reçoivent surplus et restes alimentaires pour les donner à tous, gratuitement et anonymement (plus de 2,5 tonnes redistribuées en 2023 à Beauvais, source : Frigos Solidaires).

Les ateliers et projets scolaires

Plusieurs écoles et collèges (Ham, Méru, Pont-Sainte-Maxence) organisent des ateliers autour de la gestion des déchets organiques, du compostage, et même du “doggy bag” en cantine scolaire. Le collège Arsène-Bouyer-d'Angoma de Bray-sur-Aune a ainsi diminué de 24 % le poids des bio-déchets à la cantine en un trimestre (chiffres Conseil Départemental).

Un réseau d’entreprises et de start-ups impliquées

  • Save Eat (siège à Creil) propose une application mobile pour scanner ses stocks et suggérer des recettes anti-gaspi ; elle est désormais déployée dans 28 établissements scolaires du département.
  • Terrabio (Nogent-sur-Oise) travaille main dans la main avec des agriculteurs pour la valorisation des fruits et légumes invendus en soupes et confitures vendues sur les marchés locaux.

Des initiatives qui font école, car elles relient innovation et consommation locale, et trouvent une place grandissante dans les habitudes des habitants.

Collectivités et politiques locales : leviers et soutien à l’engagement

À l’échelle municipale et intercommunale, l’Oise fait partie des départements pilotes sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. La ville de Beauvais intègre depuis 2021 une clause anti-gaspillage dans ses marchés publics alimentaires. À Creil, les repas non-consommés en restauration scolaire sont désormais reversés à 6 associations partenaires (source : Ville de Creil, 2023).

  • Le Syndicat Mixte de la Vallée de l’Oise déploie l’accompagnement de composteurs partagés en pied d’immeuble depuis 2022, impliquant déjà plus de 400 foyers sur Compiègne et Thourotte.
  • Une expérimentation pilote à Clermont inclut le pesage du gaspillage en cantine, avec feedback direct aux enfants et aux familles, pour identifier les sources et trouver des solutions adaptées.

Focus inspirant : portraits d’acteurs locaux engagés

Nom Action Lieu
Marie, infirmière Membre active d’un groupe d’échanges anti-gaspi, assure le relais frigo solidaire dans son quartier Beauvais
Arthur, maraîcher bio Ouvre chaque année ses champs au glanage avec écoles et associations Roye-sur-Matz
Emma, lycéenne Anime des ateliers cuisine anti-gaspi le week-end pour familles du quartier Plaine Saint-Jean Creil

Ce ne sont là que trois exemples parmi beaucoup d’autres : derrière chaque geste anti-gaspi dans l’Oise, on trouve un citoyen, un commerçant, un producteur ou un collectif décidé à faire évoluer les habitudes.

Petites victoires et grands défis pour la suite

Derrière ces initiatives et ces succès, le chemin reste riche d’enseignements et de défis. Chacune de ces actions a permis de sensibiliser, d’éduquer et de fédérer de nouveaux volontaires autour de gestes simples mais précieux. Le gaspillage alimentaire n’est pas qu’un enjeu écologique ou économique : dans l’Oise, il devient aussi un vecteur de lien social, de solidarité, et d’innovation partagée.

L’avenir ? Il passe peut-être par davantage de collaborations entre acteurs, par une démocratisation des outils numériques auprès de toutes les générations, et par la multiplication de projets pédagogiques intégrant élèves, seniors et nouveaux habitants. L’Oise montre la voie : en multipliant les gestes et en créant du lien, chaque habitant peut à sa façon agir pour un territoire plus respectueux et solidaire. Et si, demain, notre département devenait une référence nationale de l’anti-gaspi ?

Sources principales : ADEME, Banque Alimentaire Oise, Ville de Beauvais, Frigos Solidaires, Too Good To Go, Phénix, Oise Hebdo, Le Parisien Oise.

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