Les initiatives locales de la communauté de communes pour la biodiversité : l’exemple vivant de l’Oise

13 juillet 2025

Un territoire riche, des enjeux précis : pourquoi agir dans l’Oise ?

Avec ses 5 860 km² de paysages variés – forêts emblématiques comme Compiègne ou Halatte, rivières vivantes (Oise, Thérain, Automne…), vallées bocagères, zones agricoles et milieux périurbains – l’Oise concentre une biodiversité exceptionnelle : plus de 2 400 espèces animales recensées selon l’Observatoire de la Biodiversité Hauts-de-France (source : Région Hauts-de-France) et près de 1 600 espèces végétales. Pourtant, ce territoire n’échappe pas aux grands maux de notre époque : pression foncière, grignotage urbain, pollution ponctuelle, fragmentation des milieux ou prolifération d’espèces invasives.

Ce contexte a poussé plusieurs communautés de communes, comme celle du Pays de Valois, de la Plaine d’Estrées ou du Clermontois, à se saisir vigoureusement du dossier biodiversité. Le défi est double : préserver les richesses existantes ET restaurer ce qui peut encore l’être. Quels moyens ? Quelles réalisations concrètes ? Entrons dans le vif du sujet.

Un arsenal d’actions adapté au terrain

Préserver les milieux naturels (haies, mares, forêts…)

  • Restauration et plantation de haies bocagères : La communauté de communes du Pays de Valois, par exemple, a lancé depuis 2020 un vaste « Plan haies » (source : CC du Pays de Valois), avec plus de 15 km de haies replantées depuis trois ans. Pourquoi ? Car ces arbres et arbustes jouent un rôle essentiel pour héberger oiseaux, insectes pollinisateurs, petits mammifères, mais aussi pour limiter l’érosion des sols agricoles et lutter contre le ruissellement.
  • Restauration des mares : Sillonnant l’Oise, un réseau dense de mares ponctue champs et villages. Mais nombre d’entre elles étaient à l’abandon ou comblées. Plusieurs communes adhérentes ont réhabilité des dizaines de mares (ex : 12 sur la seule commune de Remy en 2023), avec suivi des espèces aquatiques, gestion douce des abords, pose de panneaux pédagogiques et même participation citoyenne à des chantiers nature !
  • Suppression de plantes invasives : Les batailles contre la renouée du Japon, la balsamine de l’Himalaya ou la jussie se mènent souvent collectivement. Groupes d’agriculteurs, riverains et élus se mobilisent lors de journées d’arrachage encadrées par les animateurs du Conservatoire d’espaces naturels ou de la Fédération de pêche.

Actions en faveur de la faune locale

  • Pose de nichoirs et hôtels à insectes : Plus de 400 nichoirs à mésanges, chouettes et chauves-souris ont été posés entre 2019 et 2023, dont 75 rien qu’en 2022 sur la communauté de communes du Clermontois (source : CC du Clermontois).
  • Création de corridors écologiques : Grâce à des diagnostics écologiques précis menés en lien avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB), plusieurs chantiers de désenclavement ou de continuité des habitats ont vu le jour : passages à faune sous les routes, végétalisation d’accotements, méthodes douces d’entretien pour préserver les déplacements naturels des espèces.

Mettre la biodiversité au cœur des politiques publiques locales

Ce qui distingue l’action des communautés de communes, c’est leur capacité à inscrire la biodiversité partout, y compris là où on ne l’attend pas toujours.

  • Éco-pâturage : Lancement de plusieurs parcs à moutons, chèvres ou ânes, notamment sur les talus routiers ou dans les zones d’activité tertiaire, favorisant la fauche différenciée et la protection d’espèces florales sensibles. À Estrées-Saint-Denis, plus de 7 hectares sont confiés depuis 2021 aux moutons solognots pour l’entretien doux !
  • Gestion différenciée des espaces verts : Fini la tonte rase et systématique. La communauté de communes encourage et accompagne les communes membres pour adopter des pratiques plus naturelles sur 60% des parcs, cimetières, abords de mairies… Le bénéfice ? Plus de diversité de fleurs, d’insectes, de papillons, parfois la redécouverte d’espèces patrimoniales comme la cardamine des prés...
  • Diminution drastique des pesticides : Quasiment toutes les collectivités de l’Oise sont aujourd’hui en “zéro phyto” pour l’espace public, devançant les obligations nationales de la loi Labbé entrée en vigueur en 2017 (source : Ministère de la Transition écologique).

Mobiliser et impliquer tous les acteurs locaux

Accompagner les agriculteurs

  • Paiements pour services environnementaux (PSE) : Expérimentés dès 2019 sur plusieurs territoires (notamment sur la CC du Plateau Picard), les PSE récompensent financièrement les agriculteurs qui conservent ou recréent milieux aquatiques, haies, jachères fleuries. L’Oise a vu près de 80 exploitants rejoindre le dispositif en trois ans (source : Ministère de l’Agriculture).
  • Formations et animation collective : Animées par les chambres d’agriculture et des associations comme Picardie Nature, elles sensibilisent à la pollinisation, à l’intérêt des bandes fleuries ou à l’impact positif d’une rotation des cultures.

Associer habitants et scolaires

  • Fresques et chantiers participatifs : Nettoyage de rivières, plantations d’arbres, installation de mares pédagogiques dans les écoles, recensement citoyen de la biodiversité (week-ends “Capture ton crapaud” ou “Suivi des papillons”)… Ces événements rassemblent des centaines d’habitants chaque année, créant la fierté du territoire et le plaisir du partage concret.
  • Ateliers et sensibilisation : Conférences, expos, rallyes nature animés dans les centres de loisirs, « Fêtes de la biodiversité »… En 2023, plus de 2 000 jeunes Oisiens de 6 à 17 ans ont participé à au moins une action de terrain organisée par leur communauté de communes ou leurs partenaires (source : Département de l’Oise).

Des projets phares et des ambitions pour demain

  • Le label « Territoire engagé pour la nature » : Plusieurs communautés de communes du département sont labellisées par l’Agence Régionale de la Biodiversité des Hauts-de-France. Cette démarche volontariste implique l’adoption d’objectifs ambitieux, comme la restauration de 60% des haies disparues sur dix ans, ou la requalification naturelle de 15 km de berges dégradées.
  • Inventaires participatifs : Depuis 2018, la CC de la Plaine d’Estrées a co-organisé trois observatoires citoyens : sur les chauves-souris, les amphibiens et les orchidées sauvages. Ces données, remontées vers le Muséum national d’Histoire naturelle, permettent de suivre concrètement l’état des populations locales (source : INPN/MNHN).
  • Projets LIFE ou Natura 2000 : Plusieurs sites Natura 2000 sont dédiés à des zones humides rares (par exemple autour de la Nonette ou des étangs de Commelles). Ici, la communauté de communes pilote le dialogue avec agriculteurs, pêcheurs, associations et citoyens. À la clé, en 2022–2023, la restauration de près de 90 hectares de tourbières dégradées (source : Natura 2000).

L’Oise, le laboratoire d’une biodiversité à hauteur de citoyens

On le constate : s’engager pour la biodiversité, à l’échelle d’une communauté de communes, n’est pas qu’une histoire de grandes opérations lointaines ou technocratiques. Bien souvent, il s’agit de gestes quotidiens, de projets pensés pour le territoire, d’une énergie partagée entre élus, agents, citoyens, scolaires, agriculteurs et associations. Les résultats sont déjà perceptibles, du retour du martin-pêcheur sur l’Aunette à la réapparition discrète de la flore prairiale dans les espaces semi-urbains.

Préserver la diversité du vivant, c’est offrir à chacun – Oisien de souche, néo-rural ou simple visiteur – un lien précieux avec la nature d’ici. Dans l’Oise, la biodiversité n’est plus une option ou un bonus : c’est devenu une fierté partagée et une responsabilité vécue, au fil des saisons.

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